La lubrification est la modification la plus longue que tu puisses faire sur un clavier mécanique, et la plus gratifiante quand elle est réussie. Elle supprime le grattement des pièces en plastique, adoucit le son et rend chaque frappe plus régulière. Elle n'a pourtant rien d'obligatoire : beaucoup de switchs récents sont déjà lubrifiés d'usine, et un switch bien fabriqué n'y gagne parfois presque rien.
Avant de commander un pot de graisse, pose-toi donc deux questions. Ton clavier est-il hot-swap ? Si les switchs sont soudés, il faudra d'abord les dessouder, ce qui est un autre chantier. Et as-tu quelques heures devant toi ? Compte une à deux minutes par switch une fois le geste acquis, soit une après-midi pour un clavier complet.
Est-ce que tes switchs en valent la peine ?
Appuie lentement sur une touche, clavier près de l'oreille. Si tu entends ou sens un léger frottement sur toute la course, la lubrification fera une vraie différence. Si la course est déjà lisse et silencieuse, le gain sera minime.
- Linéaires : ce sont eux qui en profitent le plus. Douceur, son plus grave, ressort qui ne « chante » plus.
- Tactiles : c'est possible, mais avec beaucoup de retenue. Trop de lubrifiant gomme la bosse tactile, qui est justement la raison d'être du switch.
- Clicky : on lubrifie au mieux le ressort. Le mécanisme qui produit le clic (lamelle ou petite pièce mobile) ne supporte pas la graisse : il perd son clic.
Si tu hésites encore sur la famille de switch à garder, notre méthode pour choisir ses switchs de clavier t'aidera à trancher avant de te lancer.
Le matériel à réunir
- Un extracteur de switchs, pour les sortir de la plate. Il est souvent fourni avec les claviers hot-swap.
- Un ouvre-switch : un petit bloc en plastique ou en métal qui déclipse les deux moitiés du boîtier d'un coup. On peut s'en passer avec un petit tournevis plat, mais c'est plus lent et on risque de marquer le plastique.
- Un pinceau fin, à poils synthétiques souples. Un pinceau de modélisme taille 0 ou 1 fait parfaitement l'affaire.
- Une pince brucelles pour manipuler les tiges et les ressorts sans y mettre les doigts.
- Une station de lubrification (optionnelle) : un plateau qui tient les boîtiers et les tiges pendant que tu travailles. Elle rend le travail en série beaucoup plus rapide.
- Le lubrifiant, et éventuellement une huile pour les ressorts (voir plus bas).
Quel lubrifiant choisir ?
Les lubrifiants pour switchs sont des graisses et des huiles synthétiques, sûres pour les plastiques. Deux références dominent le marché, et tu les retrouveras dans presque tous les tutoriels :
- Krytox GPL 205 grade 0 : une graisse épaisse, la référence pour les linéaires. Elle donne une course très douce et un son feutré.
- Tribosys 3203 et 3204 : la 3204 est plus épaisse et convient aux linéaires, la 3203 plus fine se prête mieux aux tactiles car elle préserve davantage la bosse.
Pour les ressorts, on utilise plutôt une huile fine (de type Krytox GPL 105), qui supprime le tintement métallique sans alourdir la frappe. Et pour les fils des stabilisateurs, une graisse épaisse ou une graisse diélectrique fait le travail.
Les lubrifiants de bricolage (WD-40, huile de machine, vaseline, graisse au lithium). Ils ne sont pas formulés pour ces plastiques, peuvent les attaquer ou coller avec le temps, et finissent par attirer la poussière dans le switch.
Ouvrir un switch
- Retire les keycaps avec un extracteur à fils, comme expliqué dans notre tutoriel pour enlever les touches d'un clavier mécanique.
- Sors les switchs un par un : les pinces de l'extracteur se placent sur les clips du haut et du bas du switch, jamais sur les côtés. Serre, puis tire bien droit.
- Pose le switch sur l'ouvre-switch, tige vers le bas, et appuie : les quatre clips se libèrent ensemble et le boîtier supérieur se soulève.
- Sépare les quatre pièces : boîtier supérieur, tige, ressort, boîtier inférieur (celui qui porte les broches et la lamelle de contact). Range-les dans quatre petits bacs différents pour ne rien mélanger.
Le premier switch est le plus long. Ouvre-en cinq ou six d'abord, lubrifie-les, remonte-les et essaie-les avant de te lancer dans la série complète.
Où mettre le lubrifiant, et où ne surtout pas en mettre
Le principe est simple : on lubrifie les surfaces qui frottent l'une contre l'autre, en couche fine. Une goutte sur le pinceau suffit pour plusieurs switchs. Si tu vois des amas ou des surépaisseurs, c'est déjà trop.
Sur la tige
Passe le pinceau sur les quatre faces latérales qui glissent contre les rails du boîtier. Sur un linéaire, tu peux aussi traiter les deux petites pattes qui descendent sous la tige. Sur un tactile, laisse ces pattes sèches : c'est là que se trouve la bosse, et c'est elle que la graisse viendrait effacer. Ne lubrifie pas non plus la croix du dessus, sinon tes keycaps vont glisser et mal tenir.
Dans le boîtier inférieur
Traite les rails dans lesquels coulisse la tige, et le fond du logement du ressort. Ne touche jamais la lamelle métallique qui assure le contact électrique : de la graisse à cet endroit peut provoquer des frappes ratées ou doublées.
Sur le ressort
Deux méthodes. La plus rapide pour une série : mets tous les ressorts dans un petit sachet zippé avec deux ou trois gouttes d'huile, ferme, et secoue une bonne minute. La plus précise : tiens chaque ressort avec la pince et passe un coup de pinceau léger sur toute sa longueur. Dans les deux cas, il doit rester à peine brillant, jamais gras.
Dans le boîtier supérieur
C'est facultatif. Une touche très légère sur les zones de glissement intérieures peut compléter le travail sur un linéaire. Sur un tactile, on s'en dispense.
Remonter et tester
- Pose le ressort dans son logement, puis la tige par-dessus, dans le bon sens (le repère est la forme des pattes, qui doivent retomber du côté de la lamelle).
- Referme le boîtier supérieur en appuyant jusqu'à entendre les clips se remettre en place.
- Appuie une dizaine de fois : la course doit être franche, sans frottement, et la tige doit remonter immédiatement.
- Replace le switch sur la plate en vérifiant que les deux broches sont bien droites avant de l'enfoncer.
Quand tout est remonté, rebranche le clavier et teste chaque touche dans un testeur en ligne. Une touche qui ne répond plus a presque toujours une broche pliée. Une touche qui remonte lentement contient trop de lubrifiant : ouvre le switch et essuie l'excédent avec un pinceau sec.
Les stabilisateurs, pendant que tu y es
Les grandes touches (espace, Entrée, Shift, Retour arrière) reposent sur des stabilisateurs, et ce sont souvent eux qui cliquettent le plus. Puisque le clavier est démonté, c'est le bon moment pour les traiter : une graisse épaisse sur les extrémités du fil métallique, là où il s'emboîte dans les petites pièces en plastique, et une couche fine sur les tiges des stabilisateurs. Notre guide pour monter un clavier custom revient sur les différents types de stabilisateurs.
Profites-en aussi pour nettoyer la plate et le fond du clavier avant de reposer les switchs. Notre tutoriel pour nettoyer son clavier mécanique en profondeur détaille la marche à suivre.
Le rythme pour tenir sur un clavier complet
Un clavier pleine taille compte une centaine de switchs, un TKL environ 87, un 60 % une soixantaine. Le secret, c'est de travailler en série plutôt que switch par switch :
- ouvre tous les switchs d'une rangée d'un coup ;
- lubrifie toutes les tiges, puis tous les boîtiers inférieurs ;
- prépare les ressorts en sachet pendant ce temps ;
- remonte la série, teste, puis passe à la rangée suivante.
Et fais des pauses : la qualité baisse vite après une heure de pinceau, et c'est précisément là que l'on commence à trop charger les pièces.