Ta touche Verr. Maj ne te sert à rien, les accolades sont pénibles à atteindre, et ton clavier compact n'a pas de pavé numérique : tout cela se règle en quelques clics si ton clavier est compatible VIA. Cet outil permet de réaffecter chaque touche, de créer des couches supplémentaires et d'enregistrer des macros. Les réglages sont stockés dans le clavier lui-même : une fois faits, ils te suivent sur n'importe quel ordinateur, sans logiciel à installer.
Ce tutoriel part de zéro, et s'attarde sur ce que les guides en anglais oublient : la façon dont VIA cohabite avec l'AZERTY.
VIA, c'est quoi exactement ?
Beaucoup de claviers mécaniques fonctionnent avec QMK, un firmware open source qui gère tout ce que fait le clavier. Modifier QMK suppose normalement de recompiler le firmware, ce qui n'est pas à la portée de tout le monde. VIA est une interface qui dialogue avec un clavier dont le firmware QMK a été préparé pour lui : tu modifies tes touches en direct, et le changement s'applique immédiatement.
Il existe aussi Vial, une variante qui fonctionne sur le même principe et ajoute quelques fonctions avancées. Elle demande un firmware Vial spécifique. Tout ce qui suit s'applique aux deux, à quelques détails d'interface près.
Ton clavier est-il compatible ?
La compatibilité dépend du firmware, pas de la marque. Trois façons de le savoir :
- La fiche produit mentionne « QMK/VIA » ou « compatible VIA ». C'est le cas de nombreux claviers custom et d'une partie des claviers grand public.
- Le test direct : ouvre l'application web VIA, branche le clavier et autorise-le. S'il est reconnu, sa disposition s'affiche à l'écran.
- Le fichier de définition : certains fabricants fournissent un petit fichier JSON qui décrit le clavier. Il faut activer l'onglet « Design » dans les réglages de VIA, puis y charger ce fichier.
Si ton clavier n'est compatible ni avec VIA ni avec Vial, il reste le logiciel de son fabricant, qui offre souvent des fonctions proches mais rarement aussi souples. C'est un critère à regarder avant d'acheter : notre guide pour monter un clavier custom explique comment choisir un PCB compatible.
Se connecter à VIA
- Branche le clavier en filaire. Même sur un clavier sans fil, la configuration se fait presque toujours par le câble USB.
- Ouvre l'application web VIA dans Chrome ou Edge. Elle utilise une technologie que Firefox et Safari ne prennent pas en charge.
- Clique sur « Authorize device » et sélectionne ton clavier dans la fenêtre du navigateur.
- Sauvegarde tout de suite la configuration d'origine avec le bouton « Save » de l'onglet de disposition. Ce fichier te permettra de tout restaurer en un clic.
Sur Linux, le navigateur peut refuser l'accès au clavier tant qu'une règle d'autorisation n'a pas été ajoutée au système. La documentation de VIA donne la marche à suivre.
Le piège de l'AZERTY : VIA pense en QWERTY
C'est le point qui déroute tous les utilisateurs français. Ton clavier n'envoie pas des lettres à l'ordinateur : il envoie des positions de touches. C'est ton système (Windows, macOS, Linux) qui traduit ces positions en caractères, selon la disposition choisie. Et VIA nomme ces positions d'après le clavier américain.
Concrètement, sur un ordinateur réglé en français :
- la touche que VIA appelle Q écrit un A ;
- la touche que VIA appelle W écrit un Z ;
- la touche que VIA appelle M écrit une virgule, et le ; de VIA écrit un M ;
- la touche < > à gauche du W, propre aux claviers ISO, s'appelle ISO \ dans VIA.
La règle à retenir : pour qu'une touche écrive un caractère, affecte-lui la touche qui occupe la même place sur un clavier AZERTY, pas celle qui porte le même nom. Garde aussi le système réglé sur « Français », et si VIA te propose plusieurs dispositions pour ton modèle, choisis la version ISO. Notre comparatif ANSI ou ISO explique la différence entre les deux.
Remapper une touche
L'opération de base est très simple : clique sur une touche du clavier affiché à l'écran, puis sur la fonction voulue dans le menu du bas. Le changement est immédiat, et tu peux le vérifier dans l'onglet de test des touches. Le menu est rangé par familles : touches de base, multimédia, macros, couches, touches spéciales et éclairage.
Quelques réaffectations qui rendent service au quotidien :
- Verr. Maj devient Ctrl : la touche la plus inutile du clavier se retrouve à l'endroit le plus accessible. Les adeptes des raccourcis ne reviennent jamais en arrière.
- Une touche de volume ou de lecture à la place d'une touche que tu n'utilises pas, comme Arrêt défil. ou Pause.
- La touche Windows désactivée sur une couche dédiée au jeu, pour ne plus sortir d'une partie par erreur.
Les couches : plusieurs claviers en un
Une couche est un jeu complet de fonctions pour toutes les touches. La couche 0 est celle que tu utilises en temps normal. Les suivantes s'activent par une touche dédiée, comme la touche Fn d'un portable. VIA en propose généralement quatre. Il existe plusieurs façons d'y accéder :
- MO(1) : la couche 1 est active tant que tu maintiens la touche. C'est le fonctionnement d'une touche Fn classique.
- TG(1) : un appui active la couche, un second appui la désactive. Pratique pour un pavé numérique temporaire.
- LT(1, touche) : un appui bref envoie la touche, un appui maintenu active la couche. On la met souvent sur la barre d'espace.
Sur les couches supérieures, les touches laissées en transparent reprennent la fonction de la couche du dessous. C'est le réglage par défaut, et c'est ce qui évite de tout redéfinir. Pour une fonction que le menu ne propose pas directement, la touche spéciale « Any » permet de saisir son code à la main, par exemple LT(1,KC_SPC).
Sur un clavier 60 %, les couches font toute la différence : flèches sous la main droite, rangée F1 à F12 sur les chiffres, pavé numérique sur la partie droite des lettres. C'est ce qui rend un format compact vivable au quotidien.
Supprimer, sur la couche 0, la seule touche qui mène à la couche 1. Tu perds alors l'accès à tout ce qui s'y trouve, parfois y compris le réglage de l'éclairage ou du mode sans fil. Avant de réaffecter la touche Fn d'origine, place une autre touche d'accès à la couche ailleurs, et vérifie qu'elle fonctionne.
Une couche pour les symboles de l'AZERTY
Les accolades, les crochets ou la barre verticale passent par AltGr, avec des combinaisons peu naturelles. Une couche de symboles règle ce problème, en particulier pour qui écrit du code. Dans la touche « Any », la fonction RALT() envoie une touche avec AltGr maintenu. Sur un système réglé en français :
RALT(KC_4)écrit { etRALT(KC_EQL)écrit } ;RALT(KC_5)écrit [ etRALT(KC_MINS)écrit ] ;RALT(KC_6)écrit | etRALT(KC_8)écrit \ ;RALT(KC_0)écrit @ etRALT(KC_3)écrit #.
Place ces fonctions sur une couche, par exemple sous les touches de la rangée du milieu, et active-la avec une touche maintenue sous le pouce. Tu gardes la disposition française pour le texte, et tes symboles de code tombent sous les doigts. Notre guide des touches du clavier AZERTY liste toutes les combinaisons AltGr disponibles.
Les touches double fonction
Une touche peut se comporter comme une lettre ou une touche normale quand tu la tapes, et comme une touche de modification quand tu la maintiens. La forme la plus utile consiste à placer sur Verr. Maj un Échap au tap et Ctrl au maintien, avec le code LCTL_T(KC_ESC). Le principe se décline avec Shift (LSFT_T), Alt (LALT_T) ou Windows (LGUI_T).
Évite en revanche d'en mettre sur les lettres que tu tapes vite au début : un maintien un peu trop long déclenche la modification au lieu de la lettre, et les fautes de frappe se multiplient le temps de s'habituer.
Les macros
L'onglet « Macros » permet d'enregistrer une suite de touches, qui sera rejouée par une seule touche : un raccourci complexe, une signature, une commande que tu tapes souvent. Les macros sont stockées dans la mémoire du clavier, qui est limitée : garde-les courtes.
Le piège de l'AZERTY revient ici. Le texte saisi dans une macro est enregistré comme une suite de positions de touches du clavier américain : « azerty » tapé dans VIA ressortira « qwerty » sur un ordinateur réglé en français. Pour une macro de texte, saisis l'équivalent QWERTY de chaque caractère, et teste le résultat dans un éditeur de texte. Les macros de raccourcis (Ctrl, Alt, flèches, touches de fonction) ne posent pas ce problème. Pour les usages en jeu, notre guide pour choisir son clavier de setup gaming revient sur l'intérêt des touches programmables.
Sauvegarder et revenir en arrière
Chaque modification est enregistrée dans le clavier au moment où tu la fais : il n'y a pas de bouton « appliquer ». Pense donc à exporter ta configuration avec « Save » après chaque séance de réglage, et à garder le fichier d'origine de côté. Le bouton « Load » restaure n'importe quelle sauvegarde.
Si le clavier devient inutilisable, par exemple parce que tu as perdu l'accès à une couche, recharge le fichier d'origine. Sans sauvegarde, beaucoup de claviers sous QMK effacent leurs réglages quand on les branche en maintenant la touche en haut à gauche : vérifie dans la notice de ton modèle, car le clavier passe alors en mode de mise à jour, et il faut le débrancher et le rebrancher pour en sortir. Si une touche reste muette malgré une configuration correcte, notre guide de dépannage pour une touche de clavier mécanique qui ne marche plus t'aidera à chercher la panne.